
LES OISEAUX COLONISATEURS

Les cygnes noirs du lac de Thoune doivent être capturés et remis à leur propriétaire. Leur présence contrevient à la protection de la nature. Les défenseurs de l’oiseau sont furieux.
Les jours du cygne noir sur le lac de Thoune sont comptés. Les oiseaux de cette espèce exotique originaire d’Australie séjournent illégalement sur le lac et doivent en être chassés, concluent des représentants de la Confédération, du canton de Berne et d’organisations de protection de l’environnement à l’issue d’une table ronde. Le propriétaire et les amis de ces palmipèdes sont indignés.
Tolérer le cygne noir contrevient aux concepts de protection de la nature et aux lois en vigueur, a annoncé hier l’Office d’information du canton de Berne. Ces animaux doivent donc être rapidement capturés et remis à leur propriétaire. Les autorités du canton de Berne, l’Office fédéral de l’environnement, la Station ornithologique de Sempach et les organisations cantonales de protection des animaux sont unanimes sur ce point.
La législation suisse interdit l’introduction d’espèces non indigènes et charge les cantons de prendre les mesures nécessaires pour qu’elles ne puissent pas s’installer.
Au bord du lac de Thoune s’ébattent depuis une quinzaine d’années des cygnes noirs, propriété d’un particulier, Markus Krebser. Depuis 2004, l’Inspectorat cantonal de la chasse tolère au maximum dix cygnes noirs. Pour éviter le développement de l’espèce, les œufs sont détruits. Mais tous ne peuvent pas être repérés, de sorte que des cygnes noirs ont été observés même à Interlaken et à Brienz.
L’Inspectorat cantonal de la chasse va discuter de la suite de la procédure avec le propriétaire des cygnes. Dans une prise de position sur Internet, ce dernier regrette la décision prise. Il relève notamment que ces cygnes noirs sont appréciés tant de la population indigène que des touristes.
Les défenseurs du cygne noir, qui ont déposé sans succès l’an dernier au Conseil communal une pétition munie de 6000 signatures en sa faveur, dénoncent un «jeu de pouvoir» et parlent de «honte pour la protection des animaux».

L'érismature rousse
Ce canard d'origine américaine a été importé en Europe en 1948. Il s'est échappé de ses volières cinq ans plus tard, en Angleterre. Sa population a conquis toute l'Europe continentale, jusqu'en Espagne. Les ornithologues ont alors remarqué que l'érismature rousse menaçait d'extinction l'érismature européenne à tête blanche, mais il était trop tard. Le croisement entre les deux cousins à déjà donné naissance à des hybride de troisième génération. Face à cette modification génétique, un plan d'action du Conseil de l'Europe prévoit d'éliminer tous les effectifs d'érismature rousses, y compris en Suisse.
Le tadorne casarca
Environ 100 individus, une quarantaine de couples en Suisse.
La barrière de rösti, le tadorne casarca semble l'avoir découverte. En effet, ce canard proche de l'oie ne se trouve presque qu'uniquement en Suisse alémanique, notamment sur le lac de Constance. Sa population y croît alors que les effectifs européens déclinent. Originaire d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, cet oiseau à la belle teinte rouille s'avère agressif à l'égard d'autres espèces. Il arrive même qu'il déloge des faucons crécerelles de leur nid!
Le canard carolin
Environ 50 individus, quelques nidifications en Suisse.
Avec sa mise en plis congénitalement parfaite, le mâle carolin semble appartenir à l'aristocratie! Un incroyable plumage qui a d'ailleurs failli coûter la vie à son espèce: au XIXe siècle, dans cette Amérique du Nord dont il est originaire, son duvet servait aussi bien d'ornement que de matière première pour confectionner des «mouches» pour la pêche. Ajoutez à cela l'abattage des forêts, le drainage et la chasse, et vous avez l'explication de sa quasi-disparition. Mais les nichoirs favorisant la reproduction ont permis à celui qui change chaque saison de partenaire de voir cette population se stabiliser et croître au XXe siècle.
Le canard mandarin
Environ 70 individus, de 10 à 15 couples en Suisse.
L'emplacement de ses plumes semble avoir été pensé pendant des heures, tant il se dégage du mandarin une impression de perfection. En Asie, d'où il est originaire, il représente un symbole de fidélité, car le couple est uni pour la vie. Mais la destruction de son habitat en Asie (il niche dans les trous des arbres) le contraint à faire des infidélités à ce continent. Au point que les populations introduites en Europe et retournées à l'état sauvage contribuent fortement à la conservation de l'espèce, aujourd'hui menacée.